"Je n’ai rien à cacher" : une simplification qui masque l’essentiel
Lorsqu’on parle de protection des données personnelles, il n’est pas rare d’entendre cette phrase : « Je n’ai rien à cacher. » Cette réflexion, bien que répandue, repose sur l'idée selon laquelle la vie privée ou la protection des données personnelles équivalent au secret ou à la dissimulation.
Je pense que c’est une simplification qui entraîne une mauvaise compréhension de cette problématique. La protection de la vie privée et des données personnelles n’est pas une question de dissimulation ou de secret.
C’est une question de maîtrise.
Pour les individus, c’est comprendre qui accède à nos données, dans quel but, et pouvoir agir si cet usage semble inapproprié ou abusif. Par exemple, la vidéosurveillance au travail peut sembler anodine si elle est utilisée pour garantir la sécurité, mais qu’en est-il si ces images sont consultées ou exploitées à d’autres fins, de façon détournée ou opaque ?
Pour les entreprises, c’est une démarche de responsabilité : identifier les données collectées, comprendre pourquoi elles sont nécessaires, et s’assurer que leur usage est proportionné, transparent et conforme à la loi. C’est aussi une manière d'optimiser les coûts liés au fonctionnement du système d'information, de préserver notre réputation et de limiter les risques juridiques et financiers liés à une mauvaise gestion des données.
La maîtrise des données personnelles est essentielle, car sans cadre clair, nous nous en remettons à d'autres, ou au hasard, pour décider à notre place. Et cette perte de contrôle peut avoir des conséquences imprévues, même pour ceux qui pensent n’avoir « rien à cacher ».
En somme, protéger ses données, ce n’est pas cacher quelque chose. C’est garder le contrôle (libre à chacun de l'exercer à sa discrétion).